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A v a n t – P r o p o s
La Poésie, en moi,
ressemble au cri du nouveau-né. À la lumière de la Vie
révélée, telle la vérité sortant du puits, elle ressent
l’urgence, qui la déchire, de sa respiration dans le
monde de l’Autre.
Elle exprime, sur des sujets chers, mon émotion, ma joie
ou ma révolte, espérant éveiller un écho chez les cœurs
sincères. Mais son exigence morale est telle, que je
crois utile de lever un coin du voile dont ses objets
s’enveloppent.
Car elle définit son champ, au départ aussi informel que
l’océan, illimité que la Voie Lactée, en narrant une
Nature dont les points de repère me sont à la fois
étrangers et familiers : je sais seulement, au stade
d’une reconnaissance confuse, qu’ils sont lointains,
situés dans un « espace-temps » qui m’écartèle, car je
n’ai nul souvenir propre de ce site.
Je cherche d’où me vient cette illusion familière d’une
existence antérieure, qui aurait son reflet dans le rêve
et l’idéal. L’« inspiration », l’intuition ou la muse
esthète ne justifient en rien ce sentiment d’entendre
l’inouï chant de nos ancêtres.
Identification, authentification d’un inconscient
collectif ? Mais si l’instance, au plan individuel,
ignore le temps, dans l’acte de la communication elle
dicte à la raison, devant l’histoire, un devoir de
sincérité et une éthique.
Personnellement, j’entrevois une révélation de cet
en-soi dans la vérité de nos langues, dont l’organe
vivant garderait des traces indélébiles de la mémoire
humaine sacrée. La page, où l’encre coule telle une
sève, s’avère alors un éternel palimpseste ...
Écrivant, je me découvre. Le poème organise son mystère,
au-delà des mots et en face du monde, mais il m’enseigne
ce que je suis peut-être, ou ce que je rejoins aux
confins de la Matière.
L’incantation qui me hante, avec la force naturelle de
l’oralité, ou de certains hymnes rituels de l’Inde
ancienne, semble dédiée au principe sacré de la
Fécondité. Est-ce parce que je suis une femme ?
Découvrirais-je là une autre Cause, au sens
aristotélicien du terme, de ma porosité à la Création,
au champ d’un corps perpétuant la Vie ?
Comme tous les Occidentaux héritant indirectement de
l’écriture des sons, qui sous-tend l’avènement de la
pensée, je brûle une étape historique. Je subis ce vide
à la manière d’un péché originel, d’une faute que les
poètes maudits, tels Gérard de Nerval, Hölderlin ou
Antonin Artaud, ne finissent pas d’expier… Et, la source
de mon inspiration me demeurant inaccessible, avec la
cruauté d’une malédiction, j’ai besoin du secours de
l’imagination qui me dicte ma Voie, dans « l’obscure
forêt des signes »…
La Poésie est un véhicule me permettant de reléguer une
heure un décor tragiquement investi par le Verbe, pour
accéder de manière immanente à un site universel.
Lorsque je crois percevoir le liber essentiel qui le
parcourt, son murmure prend des formes diverses…
Bruissement de l’éther dans la feuillée, ou d’un sang
réincarné, étrange psaume rituel complice des forces
élémentaires ou, déjà, métaphore.
Mais au terme du voyage, le symbole m’est rendu, avec
une puissance évocatrice à laquelle j’ai besoin de
croire, car mon bâton de pèlerin est destiné à l’Autre,
très cher, qu’est le Lecteur. J’ai conscience de
l’entraîner sur un chemin où il lui appartient de percer
l’énigme, sans doute non sans mal, où son Graal se
ressource, et je l’en remercie. Grâce à lui, dans la
rencontre, je serai peut-être, comme les oiseaux de
Rilke, enfin « à l’unisson »…
C’est dire suffisamment que, lorsque je couche les mots
sur le papier, ils commencent seulement leur route, qui
passe par le cœur de l’Homme. J’aimerais qu’à la croisée
des chemins où l’Avenir se tient, ils trouvent son
salut.
C’est dire, enfin, que la plume s’encre alors d’amour et
de foi, gravant le nom de l’enfant dans l’écorce de
Terre, ou laissant une trace infime dans le sable, dont
le vent aussi répond…
Hélène Vanbrugghe
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